L’équipe Rennes Centre ancien vue de l’intérieur : Hélène Ribierre, Responsable d’Opérations commerce

Ils sont une petite dizaine à œuvrer au quotidien pour le centre ancien de Rennes. Des hommes et des femmes que vous croiserez peut-être si vous occupez l’un de ces immeubles historiques. Et que nous souhaitons vous présenter tour à tour, parce qu’ils le valent bien ! Nous ouvrons cette série d’articles avec Hélène Ribierre, Responsable d’Opérations commerce.

Un périmètre qui, comme son nom l’indique, englobe les commerces situés en rez-de-chaussée des immeubles à réhabiliter dans la réflexion globale de notre Opération. Cette mission portée par Hélène Ribierre a d’ailleurs été déployée lors de la dernière concession d’aménagement, en 2016 plus précisément — en lien avec le plan d’action commerce du centre-ville, initié la même année par la Ville de Rennes et Rennes Métropole.

Impulser une offre commerciale riche et variée

C’est le fil rouge de la mission commerce et de toutes les actions menées par Hélène Ribierre, en accord avec les services de la ville : offrir des opportunités à tous types de structures et d’activités. La finalité étant de diversifier ces commerces, qui participent à la vie et à l’animation des rues du centre ancien.

Les hermines Bonne Kozh, installées au pied d’une quinzaine d’immeubles du centre ancien, en sont d’ailleurs l’une des concrétisations. Car les rez-de-chaussée occupés par ces résidents d’un nouveau genre ont vocation à valoriser des espaces vacants, liés à la réhabilitation à venir ou en cours des immeubles,— alors qu’ils sont en voie de rénovation, pour être finalement occupés par des commerçants.

Réhabiliter les immeubles, de pied en cap

« Les commerces sont de véritables socles des bâtiments du centre-ville. Aussi, ils bénéficient de la même attention dans le cadre de notre Opération que le reste du bâti, et ce dès le diagnostic. », souligne Hélène Ribierre. Ainsi, la mission commerce visite ces locaux dès qu’une DIA est en cours pour informer les acquéreurs et les vendeurs sur les prescriptions du règlement d’urbanisme en vigueur, l’état des bâtiments, les autorisations nécessaires ainsi que les projets en cours, portés par la collectivité sur le secteur.

Certains commerces très dégradés font l’objet d’une acquisition par Territoires Publics, dont l’objectif est de réhabiliter le local en rez-de-chaussée — car c’est bien la réhabilitation globale de l’immeuble qui est visée. Des aménagements qui œuvrent à assurer la sécurité des occupants et à préserver le patrimoine historique. Ces locaux seront ensuite remis sur le marché, toujours en cohérence avec le plan d’action de la Ville de Rennes  et de Rennes Métropole.

Faire le lien avec les commerçants rennais

C’est un rôle crucial : « je suis une facilitatrice pour ces commerçants, tant pour leur activité que pour le volet patrimonial et technique ». Hélène Ribierre est le relai d’information auprès des porteurs de projets, des notaires et des agents immobilierset sait les conseiller grâce aux visites préalables, au diagnostic de l’immeuble s’il est lancé, et aux précieux PSMV (Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du patrimoine) et PLU (Plan Local d’Urbanisme) qui édictent tous deux, sur des secteurs identifiés les règles en matière d’urbanisme et de travaux.

Une mission qu’elle anime naturellement, car Hélène Ribierre a été elle-même commerçante avant de bifurquer vers l’immobilier commercial il y a une dizaine d’années. Deux domaines qu’elle combine aujourd’hui, au sein de notre équipe Rennes Centre ancien, depuis plus de trois ans. Et il y a fort à parier que vous la rencontrerez (si ce n’est déjà fait) dans les rues du centre ancien de Rennes !

Les syndics, partenaires des copropriétaires et de l’opération Rennes Centre ancien

L’Opération Rennes Centre ancien est singulière à bien des égards. L’une de ses particularités : la diversité des acteurs engagés dans la réhabilitation du centre historique, de la Ville de Rennes et la Métropole, aux architectes de l’UDAP, en passant par les pompiers du SDIS 35… Aujourd’hui, coup de projecteur sur les syndics de copropriété, l’un des indispensables maillons de la chaîne. S’ils sont connus par les propriétaires pour leur mission de gestion, ils jouent également un rôle clé dans la remise en état des habitations et des parties communes. Pourquoi, comment ? Explications avec Vanessa Louesdon, gestionnaire de copropriété chez Atlantic Syndic.

Une connaissance fine des bâtiments du centre ancien

Détection de désordres pouvant être révélateurs de pathologies au sein des immeubles, coordination entre les différents artisans et les occupants / bailleurs, conseils… autant de tâches qui incombent aux syndics. C’est pour toutes ces raisons que nous comptons sur eux pour nous épauler et guider les propriétaires des biens visés par notre OPAH.

Avec le concours de nombreux corps de métiers (maîtres d’œuvre, architectes, bureaux d’études structures, maçons, charpentiers…), l’équipe de Vanessa Louesdon est à même de déceler des anomalies et de les faire analyser. Elle est également chargée d’accomplir les formalités administratives, et de collecter puis de débloquer les fonds pour l’entretien des bâtiments par des spécialistes.

À quel moment les pathologies sont-elles décelées puis remontées aux professionnels et aux organismes compétents ? Vanessa Louesdon énumère deux possibilités. La première : lors des visites d’immeubles, qui permettent notamment de mettre l’index sur les dégradations et les fragilités (menuiseries, humidité…). Ces dernières laissent présager des dommages sur la structure et les installations, qui pourraient présenter un danger pour les occupants. La seconde : suite à un signalement par un propriétaire ou un locataire. Bien entendu, dans certains cas, les risques sont remontés par des tiers à l’instar d’un organisme conscient de l’évolution et de la vulnérabilité de certains édifices situés dans le secteur sauvegardé de Rennes.

« Nous ne sommes pas des techniciens, mais nous avons l’habitude des bâtiments anciens — et de leur environnement« , relève Vanessa Louesdon. Dans tous les cas, des équipes de professionnels sont dépêchées sur place et des diagnostics sont réalisés. Les suppositions sont donc rapidement vérifiées : « Après l’intervention de différents spécialistes, nous transmettons leurs premiers constats à Territoires Publics afin de décider de la marche à suivre. C’est comme cela que démarre le processus d’accompagnement des propriétaires pour la réhabilitation de leur bien« , poursuit-elle.

La pédagogie, grande spécialité des syndics

Néanmoins, les gestionnaires de copropriété se heurtent parfois à des questionnements de la part de certains propriétaires. Des hésitations liées à un attachement affectif, au coût des travaux, à la potentielle complexité des formalités administratives, ou encore à la durée des chantiers. C’est précisément dans ce contexte que nous travaillons en étroite collaboration. Vanessa Louesdon développe : « Notre objectif est de sauvegarder le lieu, tout en se conformant aux besoins spécifiques du centre historique et du PSMV (préserver l’harmonie du bâti, respecter certaines structures…). Toutefois, cela doit se faire en étroite collaboration avec le conseil syndical représentant les copropriétaires. Pour les éclairer, nous leur énumérons dans un premier temps leurs obligations ainsi que les possibilités de subventions. Par la suite, nous invitons un intervenant de l’opération Rennes Centre ancien afin de leur détailler les modalités qui s’appliquent« .

Une pédagogie également nécessaire lorsque des travaux doivent être réalisés en partie privative. Dans ce cas, les gestionnaires ouvrent aussi le dialogue afin que chacun puisse visualiser plus concrètement les évolutions et améliorations envisagées.

Quid de l’aspect financier ? Comment le sujet est-il abordé ? Là encore, Vanessa Louesdon intervient pour renseigner et rassurer les particuliers. Le chiffrage est établi par le maître d’œuvre et/ou l’architecte mobilisé sur place, puis le montant est détaillé à tous les propriétaires, en assemblée générale. « C’est un temps durant lequel les copropriétaires peuvent manifester leur opinion, leurs craintes, et nous poser toutes leurs questions. À l’issue de cette réunion, ils peuvent revenir vers nous individuellement s’ils le souhaitent« , ajoute-t-elle.

Etre présent et accompagner en toutes circonstances

Si les gestionnaires de copropriété sont d’un grand soutien pour les occupants et les bailleurs durant la phase initiale, soulignons qu’ils assument ce rôle tout au long du chantier. De l’identification des anomalies à la réception des travaux, en passant par les demandes de diagnostics et les échanges avec notre équipe, leur présence est continue… sur plusieurs années !

À noter par ailleurs que dans les cas les plus pressants — lorsqu’un immeuble fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique ou d’un arrêté de péril —, le syndic est tout autant disposé à accompagner les copropriétaires, en gardant en vue l’urgence de la situation. Vanessa Louesdon détaille : « L’idée, dans un premier temps, est de sécuriser les occupants, la structure ainsi que la rue et les passants. Ensuite, place à la réflexion et aux études, pour que les travaux soient réalisés dans les règles de l’art et dans le respect de la démocratie constituée par la copropriété !« .

C’est donc dans ces circonstances qu’œuvrent les gestionnaires de copropriété comme Atlantic Syndic. D’ailleurs, notre interlocutrice se réjouit de la « très bonne coordination entre les syndics et les autres acteurs de l’opération Rennes Centre ancien« . Une satisfaction essentielle pour la tranquillité d’esprit des propriétaires en bout de chaîne — qui, soit dit en passant, sont très impliqués et attachés à la préservation de leurs biens, de leurs immeubles et, à plus grande échelle, de notre patrimoine !

Photo : Franck Hamon – Destination Rennes

Réhabilitation du Centre ancien : quand les archéologues s’en mêlent

Parmi les acteurs qui contribuent au succès de l’opération Rennes Centre ancien, il y a la DRAC — et plus précisément l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine ainsi que le Service régional de l’archéologie — et l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP). Qui sont-ils, quels sont leurs métiers et pourquoi travaillent-ils avec nous ? Les principaux intéressés répondent à nos questions — et aux vôtres.

Si les constructions du centre ancien ont une histoire, Elen Esnault et Paul-André Besombes peuvent nous la raconter à la lueur de leurs recherches. L’une est archéologue spécialiste du bâti à l’INRAP, l’autre est conservateur chargé de la gestion de Rennes Métropole au sein de la DRAC. Tous deux prennent la parole pour faire la lumière sur leur périmètre d’intervention dans cette mission que nous accomplissons main dans la main.

De la DRAC à l’INRAP en passant par Rennes Centre ancien

Le projet de réhabilitation du centre historique rennais s’articule en étoile. Au cœur de celui-ci, on retrouve bien entendu Territoires publics (nous !). Nous avons aussi la chance de pouvoir compter sur la collaboration de la DRAC. Sollicitée par la Ville de Rennes, elle participe au suivi de toutes les opérations de réhabilitation des édifices inscrits dans le cadre de l’OPAH-RU. Paul-André Besombes détaille : « Nous avons souhaité être associés à ce projet pour prescrire des diagnostics de bâtiments possiblement sujets à la fouille. Une décision motivée par le caractère patrimonial indéniable du centre-ville de Rennes ».

À travers ces diagnostics, la DRAC souhaite préserver au maximum les informations disponibles sur le terrain (époque(s) et modes de construction, vestiges…), et accompagner les travaux autant que possible. Paul-André Besombes explicite : « À l’issue de visites effectuées avec les architectes des Bâtiments de France, nous sélectionnons les constructions les plus anciennes et les plus complexes — qui ont connu différentes phases de construction —, pour lesquelles nous manifestons notre intérêt auprès de l’équipe de Rennes Centre ancien. Le diagnostic est alors formalisé, et c’est à ce moment-là que l’INRAP peut être amené à réaliser une opération d’archéologie du bâti, et plus précisément une étude d’élévation. Cette analyse permet de reconstituer l’évolution des immeubles et d’évaluer leurs différentes utilisations et transformations. Nous avons déjà fait réaliser plusieurs études de ce type, mais elles ont surtout concerné des édifices collectifs. Aujourd’hui, dans un souci d’équilibre et dans le cadre du PSMV, nous souhaitons axer notre diagnostic sur le bâti civil, occupé par des particuliers ».

Les enjeux de l’étude archéologique

C’est en suivant ce cheminement que l’INRAP a été sollicité pour le diagnostic de deux immeubles situés au 8 rue Saint-Yves et aux 25-27 rue de Penhoët. Pourquoi ces adresses en particulier ? Elen Esnault raconte : « Lorsqu’il reçoit un permis de construire ou de démolir, la DRAC analyse l’intérêt du site concerné ainsi que les menaces qui guettent l’intervention envisagée (démolition, altération des vestiges…). Les bâtiments de la rue Saint-Yves et de la rue de Penhoët ont été évalués, et il en est ressorti qu’ils avaient été érigés en respectant des modes constructifs spécifiques ». Des modes constructifs qui ne demandent qu’à être explorés puis documentés et archivés, pour que les prochaines générations puissent comprendre et suivre leur évolution.

Elen Esnault, archéologue spécialiste du bâti à l’INRAP

Charge à l’INRAP, donc, de prouver la présence d’éléments représentatifs de leur époque dans ces deux immeubles. Pour cela, explique Elen Esnault, l’équipe procédera à un diagnostic archéologique de l’ossature mais également des espaces extérieurs (fonds de cour, façades…). « Les structures principales (porteuses) seront analysées pour valider s’il n’y a eu qu’une seule ou plusieurs étapes de construction. Ensuite, nous pourrons dater les bois grâce à la dendrochronologie ». Une mission qui implique des archéologues chevronnés, ainsi que des historiens et plusieurs autres spécialistes, selon la complexité du chantier.

Des interventions selon l’ampleur de la réhabilitation et l’intérêt de l’édifice

Pour l’instant, peu d’immeubles destinés à l’habitation ont fait l’objet d’une étude d’élévation. D’ailleurs, Elen Esnault remarque que l’archéologie du bâti est une discipline récente, qui se met en œuvre petit à petit. « Si, auparavant, les études de sites étaient effectuées par des architectes, on prend progressivement conscience du fait que le rôle des archéologues est complémentaire. Car ils sont en mesure de préciser plus finement les différentes phases de travaux, et même de les dater », énumère la spécialiste.

Toutefois, aujourd’hui encore, leur expertise n’est sollicitée que pour les bâtisses présentant un intérêt d’un point de vue patrimonial. Au 8 rue Saint-Yves, il s’agit d’un immeuble construit au début du XVIe siècle, dont les peintures murales ont été conservées et sont toujours en place. Aux 25-27 rue de Penhoët, l’intervention s’inscrit dans des procédures très lourdes. En effet, la DRAC avait initialement été sollicitée dans le cadre d’une déclaration d’utilité publique. Elle a donc adapté ses prescriptions aux spécificités de chacun de ces deux édifices, et les diagnostics permettront d’identifier leur vocation (habitation, commerce, industrie…) avec précision, sans entraver les efforts déjà fournis par différents corps de métiers.

Des procédures très lourdes attendues aux 25-27 rue de Penhoët

Des actions menées dans l’intérêt collectif

Elen Esnault le rappelle également : le but de ces fouilles est de valoriser le patrimoine de la ville auprès des habitants et des visiteurs de passage. Sans pour autant dénaturer ni fragiliser les espaces sur lesquels nous intervenons, il importe en effet d’en prendre soin, et de les préserver tout en les améliorant. Et ce, pour les transmettre aux générations futures avec toujours autant de fierté et d’émerveillement !

L’humidité, l’autre mal des bâtiments du Centre ancien

À force de modifications et à défaut d’entretien, nombreux sont les bâtiments du centre ancien de Rennes à pâtir de l’humidité. Infiltrations, inondations, fragilisation des fondations, pourrissement du bois, apparition de champignons… Autant de pathologies à surveiller avec la plus grande attention et à éradiquer. État des lieux.

Si les immeubles à pans de bois nous renvoient sans cesse à la question de la sécurité incendie, celle de l’eau n’est jamais très loin. En effet, ces bâtisses craignent le feu autant que l’humidité. C’est pourquoi l’une de nos missions est de nous assurer qu’elles en soient protégées.

Les défauts initiaux

Manque d’entretien, interventions inappropriées, méconnaissance de l’architecture et de l’évolution des bâtiments dans leur environnement… Autant de lacunes que nous déplorons au fil de nos découvertes dans le centre historique rennais. Toutefois, il faut reconnaître que la stabilité de certaines bâtisses a toujours été incertaine, due à la fragilité des matériaux utilisés lors de la construction.

En outre, certains des bois mis en oeuvre sont de qualité secondaire et ont été enduits afin d’être protégés de l’eau de pluie. Des enduits pas toujours adaptés, notamment en façade, qui ont conduit à une rétention de l’humidité dans les structures et les maçonneries.

Structure de l'immeuble exposée à l'humidité
Des maçonneries directement exposées à l’humidité.

De même, les planchers bas des rez-de-chaussée, construits à hauteur de rue, subissent le ruissellement des eaux pluviales et sont sujets à des infiltrations. Aussi, lorsque les réseaux d’évacuation ne sont pas entretenus ou sont défectueux, les caves sont également inondées et les fondations s’en trouvent fragilisées.

Les couvertures ne sont pas en reste. Certaines ont été modifiées après leur construction : les toitures des maisons à pignons sur rue, par exemple, ont été altérées et, accessoirement, fragilisées. Cela a eu pour conséquence de les rendre particulièrement vulnérables vis-à-vis de l’humidité : pénétration de l’eau dans les combles et les structures, dégâts des eaux…

Des travaux inappropriés

Si les techniques de construction ont évolué, elles ne sont pas toujours adaptées aux immeubles du Centre ancien. En effet, certaines transformations partaient d’une bonne intention, mais elles n’ont pas toujours été réalisées dans le respect des matériaux, de la capacité et de la configuration initiale des bâtiments.

Avec l’arrivée des normes de confort moderne, des réseaux et des pièces d’eau (cuisine, salle de bain, WC) ont été aménagés dans les habitations qui, à l’origine, n’en étaient pas dotées. Lors de ces travaux, la structure des immeubles a parfois été relayée au second plan : on a notamment oublié que le bois ne supportait pas d’être recouvert de matériaux qui favorisent son pourrissement. C’est le cas avec le béton, le lino et les autres revêtements étanches.

Création de salle d'eau
La création de salles d’eau a contribué à fragiliser les structures.

Aussi, les évacuations d’eaux usées défectueuses et les réseaux d’eau, recouverts d’une chape de béton ou de carrelage, ont été rendus inaccessibles et invisibles. Il est souvent trop tard lorsqu’on détecte une fuite : elle a déjà dégradé l’ensemble du plancher en bois.

Ce problème de pourrissement des bois apparaît également lorsqu’on enduit les façades de ciment. Un matériau qui empêche la bonne aération des pans de bois, et retient l’humidité produite par l’activité humaine à l’intérieur des logements.

Enfin, l’eau de pluie peut s’infiltrer dans les bâtiments, fragilisant leur structure. Les points d’entrée peuvent être divers : appuis de fenêtre défectueux, couvertures fuyardes, chenaux encombrés de feuilles, descentes d’eau mal raccordées… Tous conduisent à un risque de pourrissement des bois.

Les dommages collatéraux

Toutes ces expositions à l’humidité entraînent des désordres structurels. Parmi les désagréments engendrés, on peut notamment mentionner :

  • l’apparition de champignons sur les menuiseries et les boiseries, surtout dans les espaces sombres et mal ventilés comme les caves,
  • la prolifération d’insectes lignivores (qui se nourrissent des bois humides),
  • les infiltrations dans les chapes de béton et dans les murs, pouvant causer un risque d’incendie si l’eau atteint les circuits électriques,
  • la dégradation des pieds de poteaux en bois et des fondations qui assurent le maintien des immeubles.

Des défauts qui mettent en péril l’équilibre des bâtiments — l’eau s’attaque aux éléments porteurs — auxquels il faut remédier. Le tout, en tenant compte des nouveaux impératifs et des normes d’habitabilité actuelles.

Les besoins de ces bâtiments

Il est donc urgent de réagir, de comprendre l’environnement dans lequel ces édifices ont été construits, et de les remodeler dans leur ensemble afin qu’ils soient :

  • adaptés à leur époque,
  • conformes aux normes d’habitabilité et de salubrité,
  • sécurisés face aux risques d’incendie,
  • protégés contre l’humidité grâce à des dispositifs d’aération et des matériaux adaptés en façade.

Tout cela dans le respect du Plan Local d’Urbanisme de la ville de Rennes — et du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV). Car les bâtiments qui trônent fièrement au coeur de la capitale bretonne depuis plusieurs siècles ont tout intérêt à être préservés. Et ce, d’autant plus que les immeubles concernés par la deuxième opération de rénovation du Centre ancien abritent quelque 1 000 logements à réhabiliter !

La structure des bâtiments du Centre ancien de Rennes hier, aujourd’hui et demain

Ils ont été bâtis il y a 200, 300 ans, voire plus. Ils font le charme et la beauté du centre historique. Mais… il y a un mais ! À force de modifications et de négligences, les immeubles à pans de bois, qui enchantent vos visites au coeur de Rennes, se sont dégradés, très lourdement pour certains. Ce n’est pas toujours visible depuis la rue, mais à l’intérieur, on peut être très étonné de l’état de délabrement des parties communes, des façades arrière et des habitations. Comment en sommes-nous arrivés là, comment réaliser un diagnostic et quelles sont les solutions ? Explications.

C’est l’un des piliers de l’opération Rennes Centre ancien : nous assurer que les bâtiments du secteur sauvegardé soient préservés et réhabilités dans le respect de leur conception initiale. Pour cause, la plupart d’entre eux ont fait l’objet de modifications et d’interventions, tout en faisant abstraction de leurs caractéristiques techniques et patrimoniales. D’autres ont aussi subi un manque d’entretien, donnant lieu à l’apparition de pathologies diverses.

La construction… et les évolutions

Vous ne pouvez résister à l’élégance des maisons à colombages lorsque vous déambulez dans les rues du centre historique rennais ? Sachez que cet assemblage en pans de bois constitue avant toute chose le squelette des bâtiments, leur structure primaire.

Toutefois, chaque époque s’est accompagnée de son lot de tendances, d’interventions et de transformations. Parmi les modifications qui ont pu fragiliser ces bâtisses, on peut citer les surélévations, les extensions, la suppression d’éléments de structure dans les combles, ou encore celle de conduits de cheminée. Le but recherché était généralement de gagner de l’espace en altérant ou en ôtant des éléments que l’on trouvait « gênants ».

Lors de ces travaux, les propriétés des bâtiments ont souvent été ignorées. En effet, les différents éléments de charpente forment un ensemble organisé et solidaire, de même que les conduits de cheminée imbriqués les uns avec les autres constituent la « colonne vertébrale » des immeubles.

De l’acier pour remplacer des éléments en bois considérés comme encombrants.

D’autre part, certaines interventions ont eu pour conséquence de surcharger le bâtiment. C’est notamment le cas lorsque l’intérieur a été divisé pour multiplier le nombre de logements, que des chapes de béton ont été créées ou encore que les combles ont été aménagés…
Pour d’autres immeubles, les travaux de maintenance et de réfection ont été totalement inexistants durant plusieurs dizaines d’années. Et ce, alors que les structures dépendent fortement de l’évolution de leur environnement. Elles nécessitent donc d’être entretenues et rénovées régulièrement pour assurer leur stabilité !

Les pathologies et leur effet domino

Outre les interventions préjudiciables ou l’absence d’entretien, l’état de certains bâtiments est parfois la conséquence d’une méconnaissance du terrain dès la construction.

On identifie ainsi plusieurs types de pathologies sur leur structure :

  • – l’usure naturelle,
  • – l’encrassement des enduits,
  • – les infiltrations et le ruissellement d’eau,
  • – les fissures au niveau des élévations,
  • – le pourrissement du bois.

En conséquence, ces immeubles sont touchés à plusieurs endroits et à différents degrés :

  • – les façades sont sujettes à l’humidité,
  • – les escaliers, caves, murs, plafonds et sols sont altérés,
  • – les structures sont infestées d’insectes xylophages (charançons, petites vrillettes… qui se nourrissent de bois mort),
  • – les dispositifs de sécurité incendie sont défectueux voire inexistants,
  • – les canalisations sont obsolètes.

Aujourd’hui, il devient indispensable de garantir la viabilité structurelle de ces édifices, mais il est tout aussi important d’assurer le maintien des normes d’habitabilité (installation de sanitaires, éclairage naturel, aménagement d’un coin cuisine…). Ainsi, il peut être très périlleux d’intervenir sur ces éléments sans faire appel à un homme de l’art. Car c’est ce dernier qui saura comprendre le fonctionnement de la bâtisse dans son ensemble, et qui déterminera comment intervenir sans fragiliser sa stabilité globale.

Escalier d’un immeuble (alors habité) rue Saint-Georges

Le constat et la réhabilitation

Certes, nous ne pouvons pas revenir en arrière ni rétablir avec exactitude l’historique de ces structures. Mais aujourd’hui, grâce aux professionnels spécialisés sur le sujet des immeubles à pans de bois (UDAP, artisans, bureaux d’étude…), nous disposons d’une large connaissance des particularités, de l’histoire et des pathologies de ces bâtiments.

Chaque immeuble étant unique, il faudra commencer par réaliser un diagnostic exhaustif afin de déterminer ses caractéristiques patrimoniales et l’état de sa structure. À partir de cet état des lieux, un programme de travaux pourra être établi, ainsi qu’un calendrier de réalisation. Des données qui seront retranscrites dans un permis de construire instruit par les services de la Ville de Rennes, l’UDAP et le SDIS. Ce n’est qu’après l’obtention de cette autorisation que les propriétaires pourront engager les travaux de réhabilitation de leurs immeubles. Pour cela, ils seront toujours encadrés par les professionnels qui auront assuré la phase de diagnostic et d’élaboration du programme.

Une autre de nos missions consiste à assurer le suivi des procédures instaurées par la mairie et la préfecture lorsqu’un danger est imminent (effondrement de cheminée, décrochage d’enduits, affaissements de plancher, par exemple). Elles visent à mettre en demeure les propriétaires de bâtiments dégradés pour que les travaux nécessaires à leur réhabilitation soient réalisés.

Lorsqu’ils sont pris en main suffisamment tôt, les désordres constatés peuvent être traités sans avoir à déployer de gros moyens financiers, matériels et humains. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de l’entretien et du diagnostic des bâtiments, en cohérence avec leurs caractéristiques patrimoniales et techniques… C’est ainsi que les Opérations Programmées d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) et le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) prennent tout leur sens !

Les rues Bonnes Kozh : les hermines de la rue Saint-Georges

Nous vous avons déjà présenté les hermines de la place des Lices, de la rue Pont aux Foulons et de la rue Saint-Michel. Elles ont aussi pris leurs quartiers dans un passage incontournable de la vie rennaise : la rue Saint-Georges. Vous pourrez les apercevoir à deux adresses — précisément aux numéros 17 et 24. Que cachent leur fourrure immaculée et ce regard profond ? On vous dit tout !

Qu’y a-t-il dans le passé de la rue Saint-Georges ?

Vous vous y êtes sans doute attardé pour profiter d’un coin de fraîcheur les jours d’été ou manger un morceau avec vos collègues. Mais pourquoi cette rue suscite-t-elle autant d’intérêt ? Un plongeon dans les archives nous renvoie au IIe siècle : on pouvait déjà l’apercevoir dans la cartographie de Ptolémée, au sein de la cité de Condate (nom alors donné à la ville de Rennes). Au XIIIe siècle, la rue Saint-Georges était désignée comme une voie importante menant à l’abbaye éponyme.

Les événements s’enchaînent en 1554, lorsque Henri II sacre Rennes capitale de Bretagne et siège du Parlement, conduisant à l’essor du quartier. Si la rue Saint-Georges est aujourd’hui réputée pour ses commerces et ses crêperies, c’était surtout pour ses hébergements qu’elle était connue à cette époque.

Les appartements et autres hôtels ont été aménagés dans des bâtiments à pans de bois, épargnés par l’incendie de Rennes de 1720. Certains sont d’ailleurs encore intacts et peuvent être vus si vous levez la tête au détour d’une balade ! Aujourd’hui, la rue Saint-Georges abrite pas moins de 13 immeubles classés ou listés au titre des monuments historiques.

Les hermines Bonne Kozh du 17 rue Saint Georges

Que mijotent les hermines du 17 rue Saint-Georges ?

L’immeuble situé au numéro 17 semble être l’un les plus anciens de la rue. Les études et diagnostics réalisés ne permettent pas de le dater avec précision — mais en comparaison avec d’autres bâtiments, on estime qu’il a pu être construit au XVIe siècle. A-t-il abrité de nobles magistrats et leurs familles ? Laissons-nous guider par notre imagination !

Ce bâtiment a été affecté par le temps, le passage et les nombreuses interventions humaines, ce qui a conduit la collectivité à prendre un arrêté d’insalubrité sur l’immeuble pour assurer la sécurité de ses occupants. Des travaux ont donc été réalisés suite à un diagnostic OPAH-RU, conformément au Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV). Les objectifs :

  • remettre en état les façades, intégrant la réparation ou le remplacement des structures défectueuses, la cage d’escalier, les réseaux, le traitement de la cour…
  • mettre en sécurité incendie l’ensemble de l’immeuble (le logement du 3ème étage a été rendu secourable grâce au remembrement avec celui sur rue).
  • réhabiliter lourdement l’ensemble des logements insalubres (trop petits, sans éclairement naturel, sans ventilation…) ;
  • respecter les méthodes de construction et les matériaux d’origine,
  • produire des logements en loyer maîtrisé accessibles à des locataires modestes..

Le chantier a été réceptionné en 2018. Nous avons également acquis le local commercial du rez-de-chaussée, qui abritait auparavant la crêperie Le Kerlouan. À présent, nous avons pour mission de superviser — avec l’aide de tous nos partenaires — les travaux de réhabilitation et de restructuration du local pour le remettre sur le marché en encadrant l’activité future.

Les hermines Bonne Kozh, rue Saint Georges
Les hermines Bonne Kozh du 24 rue Saint-Georges

Et au numéro 24 ?

Construit à la même époque, l’immeuble du 24 rue Saint-Georges a une grande valeur patrimoniale, du fait de sa composition urbaine et architecturale. On peut encore y voir les menuiseries des baies, qui datent du XVIIIe siècle. À ce titre, sa démolition comme son altération sont interdites par le PSMV.

Toutefois, à l’intérieur, les dégradations se sont multipliées d’année en année. Des appartements traversants ont notamment été divisés en logements, et le comble perdu a été aménagé, mettant en danger la structure du bâtiment et ses occupants. Face à l’inaction des propriétaires privés et à ces modifications abusives, la collectivité a décidé d’engager une DUP (Déclaration d’Utilité Publique) de restauration immobilière en 2014 sur l’immeuble. Tout comme pour le local commercial du 17 rue Saint-Georges, nous avons fait l’acquisition de l’ensemble de ce bâtiment en 2017 afin de prendre en main sa restauration.

Aujourd’hui, la priorité est de restructurer et d’améliorer les logements pour produire une nouvelle offre de logement et de réhabiliter le commerce situé au rez-de-chaussée.

Au programme :

  • pallier les difficultés d’accès (escaliers, couloirs, locaux communs de services…),
  • traiter les façades, la couverture, les réseaux, la cage d’escalier notamment,
  • intervenir sur les désordres structurels de l’immeuble,
  • restaurer et redéfinir le comble perdu,
  • fusionner les appartements pour limiter le nombre de logements à un par étage, et passer ainsi de 10 logements à 4,
  • sécuriser l’ensemble de l’immeuble et rendre secourables toutes les habitations,
  • remplacer les menuiseries obsolètes.

Les hermines veilleront au grain pour la “Bonne Kozh” le temps des allées et venues des ouvriers au cœur de la rue Saint-Georges.

Crédits photos : Cyril Folliot et Franck Hamon / Destination Rennes.

Les rues Bonnes Kozh : les hermines de la rue Saint-Michel

Le quartier Sainte-Anne, c’est la place des Lices, la rue Pont-aux-Foulons, mais également la mythique rue Saint-Michel. Réputée pour ses nombreux bars, elle porte fièrement le surnom de rue de la soif. Les hermines de Bonne Kozh s’y sont installées, non pas pour trinquer mais pour habiller les vitrines des numéros 8, 19 et 20 pour quelque temps. Que nous préparent-elles ? Découverte.

De la rue Saint-Michel à la rue de la soif

La rue Saint-Michel doit son nom à la chapelle éponyme, démolie au XVe siècle. À cette époque, elle constitue un passage incontournable pour quiconque se dirige vers Saint-Malo ou en revient. L’entrée de Rennes se trouve au niveau de l’actuelle place Rallier du Baty, alors baptisée Porte Saint-Michel. Peu à peu, la population s’accroît autour de la ville et l’affluence, de plus en plus forte, conduit à la création d’hébergements et de lieux de restauration dans le quartier.

La rue débouche sur la place Saint-Michel, que l’on appelle aussi « place du Bout du Monde » à cette époque, et qui laisse voir des scènes peu joyeuses. Pour cause, elle donne vue sur la potence où sont exposées les personnes exécutées. Potence remplacée depuis par la fameuse horloge de la place des Lices.

À mesure que le temps passe, la rue Saint-Michel connaît de nombreux événements allant du comique au tragique — de la venue de Molière pour ses représentations au Couvent des Jacobins, aux meurtres d’Hélène Jegado.

C’est à partir des années 1970 qu’on lui prête le sobriquet de rue de la soif. À l’origine de ce titre, l’augmentation du nombre d’étudiants qui la fréquentent pour se retrouver et lever leur verre aux bonnes nouvelles. Aujourd’hui réputée pour être animée en permanence, la rue Saint-Michel détient le record de France avec un bar implanté tous les sept mètres. Destination Rennes retrace d’ailleurs son histoire, nous offrant par la même occasion un agréable voyage dans le temps.

Quand les hermines occupent les plus vieilles bâtisses de Rennes

C’est aussi rue Saint-Michel que l’on peut trouver la plus vieille maison de Rennes. Située au numéro 13, elle a été construite en 1580. Les autres bâtisses de cette rue ont été érigées aux XVIe et XVIIe siècles sur des parcelles étroites, toutes agencées de la même façon : un couloir latéral, un escalier en façade arrière et des décors sculptés à l’image des sablières que vous pouvez encore apercevoir aujourd’hui aux numéros 17 et 19 en levant la tête.

Aujourd’hui encore, il règne une belle harmonie entre les façades à pans de bois de la rue Saint-Michel. Les trois immeubles que nous vous présentons ici ont été construits entre les XVe et XVIIe siècles.

La rue Saint-Michel début XXème siècle. Source : WikiRennes

Les 8, 19 et 20 rue Saint-Michel font peau neuve

Protégés par le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), ces bâtiments ont une grande valeur patrimoniale. Ils ont subi de nombreuses modifications et dégradations, qui ont conduit à la fragilisation de leurs structures et à la division excessive des logements.

Le numéro 8, par exemple, était visé par une prescription de démolition imposée par le règlement d’urbanisme, en raison de la présence d’un logement en fond de cour construit sans autorisation. Le 19 — dont le chantier a été réceptionné en mai 2018 — a quant à lui fait l’objet d’un arrêté d’insalubrité ; les conditions de vie des occupants ne permettant pas d’assurer leur sécurité. Les occupants du numéro 20, eux, ont dû être évacués suite à un arrêté de péril émis en 2008, du fait de la rupture d’une poutre porteuse au 1er étage de l’immeuble.

Nous avons fait l’acquisition de tout ou partie de ces bâtiments en raison de leur état de délabrement. Après l’intervention de tous les acteurs de l’opération Rennes Centre Ancien — architectes, maîtres d’œuvre, pompiers, architecte des bâtiments de France… — lors de la réalisation de diagnostics approfondis, le verdict est tombé : une réhabilitation de fond en comble est nécessaire!

L’objectif : rééquilibrer la charge des bâtiments (en limitant notamment le nombre d’appartements selon la capacité de chaque immeuble) pour garantir leur pérennité, et rendre les habitations secourables et conformes aux normes de salubrité et de confort. Aussi, dans une démarche de diversification de l’offre de logements à destination de publics plus modestes, des logements sont et seront conventionnés en loyer maîtrisé dans ces immeubles.

La rue Saint-Michel, aujourd’hui. © Destination Rennes / Bruno Mazodier

Quant aux commerces, ils seront restructurés. Leur implantation sera aussi encadrée en vue d’accompagner la diversification des activités au cœur de la rue Saint-Michel. Et si c’était l’occasion de valoriser d’autres savoir-faire en les conjuguant aux bars et restaurants déjà bien implantés ? Rien n’est encore précisément défini pour l’instant, mais ce sont des possibilités que nous pouvons envisager !

Une chose est sûre, la rue de la soif continuera de briller par la beauté de ses bâtiments ! Nous y veillons avec l’aide des hermines, qui gardent un œil sur les chantiers de jour comme de nuit. Elles profitent en même temps de la vue sur les nombreux édifices si caractéristiques du centre historique, qu’il nous tient à cœur de préserver et de valoriser… Affaire à suivre !

Sécurité incendie : penser à tout et à tous

À Rennes, rien ne prend sauf le feu”, dit l’adage. Pour protéger et préserver le centre historique de la ville, le volet sécurité occupe une place importante dans l’OPAH en cours. Le Service Départemental d’Incendie et de Secours (le SDIS 35) intervient en ce sens, en lien avec les partenaires mobilisés pour l’Opération Rennes Centre ancien.

L’histoire de Rennes est marquée par l’incendie de 1720, qui a ravagé une importante partie de la ville. Pour sécuriser les bâtiments en cours de réhabilitation, nous bénéficions de l’expertise des pompiers. Leur rôle : proposer des solutions pratiques pour tous, et suivre leur exécution à mesure de l’avancement des projets.

Les enjeux de la sécurité incendie dans le centre ancien

Bon nombre d’immeubles du centre ancien ont subi des divisions. Leurs appartements, avec fenêtre uniquement sur cour et leurs escaliers étroits, nécessitent des solutions adaptées en matière de sécurité incendie. Notre objectif : garantir la secourabilité de tous les habitants par les pompiers, éviter la propagation du feu à l’échelle des îlots et respecter les normes en matière de sécurité incendie. Avec, par exemple, l’aménagement des parties communes, les matériaux utilisés ou encore les installations électriques.

Les pompiers, les services des Bâtiments de France et les maîtres d’œuvre se réunissent pour la réhabilitation de chaque immeuble. Ensemble, ils réfléchissent aux aménagements possibles pour répondre à toutes ces exigences. Et prennent soin de les adapter aux différentes configurations existantes.

Les fenêtres, premières issues de secours

Historiquement, les appartements des bâtiments du centre ancien étaient traversants, pour être ensuite divisés en plusieurs logements. Aujourd’hui, le meilleur moyen de les rendre secourables est de les restituer dans une configuration avec fenêtre sur rue. À noter que l’échelle du camion de pompiers peut atteindre une quinzaine d’étages : les habitants côté rue sont donc secourables jusqu’à cette hauteur. Lorsque les fenêtres donnent uniquement sur la cour, les pompiers peuvent exceptionnellement y accéder grâce à une échelle rétractable — aussi appelée échelle Jomy — installée sur la façade.

Enfin, si le couloir d’accès à la cour est en ligne droite, les pompiers peuvent accéder à certaines fenêtres sur cour en utilisant leur échelle deux plans. Une fois dépliée, elle permet d’atteindre une hauteur de 8 mètres et de secourir les occupants jusqu’au deuxième étage. Toutefois, les combattants du feu doivent pouvoir pénétrer dans la cour avec leur échelle sans avoir à manœuvrer, car celle-ci n’est pas rétractable à moins de 4 mètres.

Côté rue ou côté cour, les habitants peuvent donc se poster aux fenêtres pour être vus et secourus rapidement. Elles constituent ainsi les premières issues de secours, d’autant plus que les cages d’escaliers sont susceptibles de se transformer en cheminées verticales et s’enfumer. L’enjeu est d’installer systématiquement un châssis de désenfumage dans les parties communes des immeubles.

Coursives et escaliers à l’air libre

Coursives dans le centre ancien de Rennes. Sécurité incendie.

En plus du charme qu’elles confèrent aux cours intérieures des bâtiments, les coursives constituent une alternative aux appartements inaccessibles pour les pompiers. Elles permettent aux occupants des immeubles dont l’escalier a été aménagé à l’air libre de se secourir de manière autonome, sans risquer d’être asphyxiés par la fumée.

C’est pourquoi il est important de libérer les parties communes — les encombrer serait dangereux.

Le volume d’attente sécurisé, pour les habitations inaccessibles

Volume d'attente sécurisé, dans un immeuble réhabilité grâce à notre OPAH rennes centre ancien

Si certains logements ne sont pas dotés de fenêtres sur rue ou si celles côté cour sont inaccessibles aux secours, le volume d’attente sécurisé peut être une solution. À noter qu’il faudra aménager une pièce de ce type pour chaque étage non secourable par les pompiers — qui devra être pourvue d’une porte coupe-feu, et d’une fenêtre donnant sur la rue pour être vu et secouru.

Tout comme pour les coursives, la circulation vers ces volumes d’attente sécurisés doit être totalement libre et matérialisée par une signalétique adaptée.

Le châssis cabrio pour les logements mansardés

Le châssis cabrio, alternative pour les logements mansardés

Quand le volume du comble est aménagé en logements – ce qui est souvent le cas dans les vieilles bâtisses -, d’autres solutions peuvent être envisagées.

C’est ainsi qu’au 7 rue des Fossés, un châssis cabrio a été installé. Il s’agit d’une fenêtre de toit qui se déplie sur sa partie basse pour créer un balconnet. Les occupants peuvent alors s’y poster pour être secourus par la rue.

Avant d’aboutir à cette solution, l’ABF (Architecte des Bâtiments de France), l’architecte de la copropriété et les pompiers étudient ensemble la faisabilité d’une telle installation d’un point de vue technique, esthétique et sécuritaire.

Une potence, du sur-mesure pour le 29 rue Saint-Melaine

S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème ! Un bel exemple d'alternative en sécurité incendie, pensée pour ce bâtiment dans le centre ancien de Rennes

Certains cas sont particuliers. Architectes et pompiers ont dû trouver une alternative unique pour le 29 rue Saint-Melaine. Pour assurer la secourabilité d’un appartement au dernier étage côté cour, inaccessible en raison de la présence d’un plain-pied au rez-de-chaussée, une potence métallique a été installée perpendiculairement au coin inférieur de la fenêtre. Au sol, une cale en béton a été coulée afin de permettre aux pompiers de poser et stabiliser leur échelle.

Le théorème de Pythagore a encore de beaux jours devant lui puisque la longueur disponible est de 8 mètres, tout pile !

Des dispositions particulières pour les parties communes

Par ailleurs, les parties communes telles que les escaliers, le local à poubelles, les caves ou encore les combles ne sont pas à négliger en raison des matériaux combustibles qui peuvent y être entreposés.  Le recoupement au feu doit donc être assuré.

Enfin, la signalétique fait partie intégrante de la sécurité incendie. Les occupants doivent être clairement informés des solutions à leur disposition, notamment s’ils doivent se secourir eux-mêmes ou s’abriter en attendant l’arrivée des secours.

Fenêtres, volume d’attente sécurisé, coursives… sont autant de solutions accessibles et adaptables en fonction des impératifs de chaque immeuble pour la sécurité des bâtiments et de ses occupants. Ce volet est l’illustration parfaite de la nécessité pour les pompiers, les architectes, les maîtres d’œuvre, les propriétaires et les syndics de copropriété, de travailler main dans la main !

Une OPAH dans le centre ancien de Rennes : pourquoi, et comment ?

Préserver et mettre en valeur le patrimoine du centre ancien de Rennes : c’est le but de la seconde OPAH-RU (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat de Renouvellement Urbain) en cours. De quoi s’agit-il ?

L’opération Rennes centre ancien s’appuie sur une concession d’aménagement portant sur le périmètre du centre historique de la capitale bretonne. Une concession confiée à Territoires Publics par la Ville de Rennes. Elle intègre une OPAH, convention signée entre l’Etat, l’Agence nationale pour l’habitat (Anah), la Ville de Rennes et Rennes Métropole. Dans le cadre du Renouvellement urbain, il s’agit par extension d’une OPAH-RU.

L’enjeu de l’OPAH-RU : convaincre les investisseurs, propriétaires et copropriétaires de contribuer à l’amélioration ou à la réfection de leurs bâtiments, souvent historiques, grâce à notre palette d’outils incitatifs — de la sensibilisation aux subventions. Notre OPAH couvre le secteur sauvegardé, soit les deux tiers du centre historique de la ville qui s’étend sur un périmètre de 60 hectares.

12 ans pour réhabiliter les bâtiments du centre ancien

La première phase de l’Opération Rennes Centre ancien a été déployée de 2011 à 2016. Elle a permis la réhabilitation de 78 immeubles, soit près de 800 logements du centre historique rennais. Plus d’un millier de logements doivent encore être réhabilités : nous en sommes aujourd’hui à la seconde phase, qui durera jusqu’en 2023. Les secteurs prioritaires de cette deuxième OPAH-RU sont :

  • Saint-Michel/Penhoët/Pont-aux-Foulons/Sainte-Anne
  • Saint-Georges
  • Saint-Melaine
  • Cathédrale
  • Visitation
  • Saint-Malo
  • Pré-Botté
  • Vasselot

La durée d’une OPAH-RU est de cinq ans maximum. Exceptionnellement, la seconde phase de Rennes Centre ancien s’étend sur sept ans. Dans l’ensemble, ce type d’opération s’articule autour de trois grandes étapes :

  • Le diagnostic, pour recenser les dysfonctionnements du quartier ou des immeubles présents dans le périmètre défini. Par dysfonctionnements, on entend notamment les problématiques d’ordre urbain, social, foncier, juridique, immobilier ou encore humain (sécurité et salubrité) ;
  • L’étude pré-opérationnelle, pour énumérer les solutions envisageables suite au diagnostic, et définir les objectifs à déployer en troisième phase ;
  • L’instauration de l’OPAH à part entière, de la phase d’études à la réalisation des travaux.

Accompagner les propriétaires et occupants tout au long de l’opération

L’OPAH-RU bénéficie de deux dispositifs complémentaires : les volets préventif et curatif. Nous les encadrons en assurant le conseil, la proximité et la transparence vis-à-vis de nos interlocuteurs.

L’opération fait par ailleurs l’objet d’un suivi régulier avec, aux commandes, Territoires Publics, la Ville de Rennes, Rennes Métropole et l’Anah. De même, nos partenaires sont de véritables piliers pour le bon déroulement de chaque étape. Ils font preuve d’un engagement sans faille et travaillent de concert avec toute l’équipe de Rennes Centre ancien. Il s’agit en outre du Service Départemental d’Incendie et de Secours (le SDIS 35) — les pompiers —, des Architectes des bâtiments de France (ABF), des syndics de copropriété, des architectes et maîtres d’oeuvre, des notaires et des agences immobilières. Philippe Boucault le disait d’ailleurs dans un précédent article, “C’est une première dans l’histoire de la ville : cette équipe est à la fois pluridisciplinaire et représentative des différentes institutions”.

Six objectifs pour préserver le centre ancien de Rennes

L’OPAH-RU de Rennes combine six enjeux majeurs :

  • Sécuriser l’habitat au risque incendie,
  • Préserver le patrimoine et améliorer les performances thermiques du bâti,
  • Maintenir et diversifier l’offre commerciale,
  • Créer une offre de logements abordable et diversifiée,
  • Restaurer le fonctionnement des copropriétés,
  • Lutter contre l’habitat insalubre et indécent.

120 immeubles et plus de 1 200 logements sont visés par cette seconde OPAH-RU. 35 de ces bâtiments bénéficient d’un accompagnement préventif, et 400 logements conventionnés seront créés. Parmi ces derniers, au moins 240 seront mis sur le marché en loyer social afin de favoriser la mixité sociale dans le centre ancien de la capitale bretonne. Dans cette optique, des subventions financières peuvent être accordées aux propriétaires, aux occupants et aux bailleurs. Leur montant peut atteindre jusqu’à 30% des travaux hors taxes, de même que des aides complémentaires sont accessibles sous conditions.

Cette OPAH-RU permettra donc de préserver les bâtisses qui font l’histoire et le patrimoine de la ville, en assurant la sécurité des occupants et en améliorant le confort des logements. Cela profitera aux occupants, mais aussi aux touristes et aux Rennais de passage pour qui les façades à colombages — vieilles de plusieurs centaines d’années — font partie du décor.

De beaux accomplissements ont déjà vu le jour, en moyenne un chantier de réhabilitation est réceptionné chaque mois.  Les hermines, quant à elles, sont encore dans les parages pour veiller sur les chantiers en cours… D’ici 2023, le cœur de la ville de Rennes continue sa mise en valeur grâce à l’opération Rennes Centre ancien. Ouvrez l’oeil !

Les rues Bonne Kozh : les hermines de la Place des Lices

Après un premier épisode sur les hermines de la rue Pont aux Foulons, nous continuons notre série d’articles à la découverte des commerces et des rues habitées par ces majestueux mammifères — cette fois-ci, Place des Lices.

S’il faut parfois les chercher dans les rues de Rennes, les hermines Bonne Kozh ne sont pas passées inaperçues Place des Lices. Car elles occupent un bâtiment central de ce lieu de vie bien connu des Rennais, pour ses restaurants, ses bars, et surtout pour son grand marché. L’immeuble qui les abrite est situé en hauteur : il faut monter quelques marches pour y accéder. Musiciens, chanteurs, danseurs et spectateurs s’y retrouvent chaque samedi, été comme hiver.

700 ans d’histoire

Le nom de Place des Lices lui a été attribué au XIVe siècle, en 1327 très précisément. Ce champ clos accueillait alors un tournoi entre chevaliers, organisé pour le mariage de la Duchesse de Bretagne. Dix ans plus tard, en 1337, un certain Bertrand Du Guesclin décide de participer à un tournoi sur cette même place, alors qu’il en a l’interdiction — une querelle avec son père l’aurait amené à fuir de chez lui. Masqué et sans blason, il remporte tous ses duels contre une dizaine de chevaliers (12 ou 15 selon les récits), avant de refuser de combattre son père. Son dernier adversaire réussit à faire tomber la visière de son heaume, Bertrand Du Guesclin est démasqué. La foule est en liesse. Son père, ému et fier, reconnaitra ses talents.

Depuis, la place des Lices accueillera d’autres tournois… et les exécutions des criminels, pendus et exposés au pilori. En 1622, le marché s’installe sur cette place encore située hors les murs de la ville, de l’autre côté des remparts. Aujourd’hui, le marché des Lices est le deuxième plus grand marché de France.

Vue aérienne du marché des Lices (2016). Crédit photo : Destination Rennes / Julien Mignot

Les hermines du 11 Place des Lices

Les hermines Bonne Kozh logent temporairement dans cet immeuble du XVIIe siècle. En 2009, la copropriété réalise un diagnostic OPAH qui met en exergue des désordres structurels et des besoins de travaux importants. Les propriétaires privés, ne pouvant faire face à l’importance de la réhabilitation de leur immeuble, décident de vendre leur bien à ville de Rennes.

Dans le cadre de sa concession d’aménagement, Territoires Publics finalise les acquisitions à l’amiable en 2013, et indemnise le locataire commercial en 2016 pour assurer la réhabilitation complète du bâtiment. Des procédures longues, qui ont nécessité ces dix années préliminaires aux travaux. Avant l’arrivée des hermines, et pendant les phases d’études, ces locaux ont été habités par des associations, comme Keur Eskemm et Graffiteam, et par un producteur de champignons en circuit court, Mycelihome.

Les travaux débuteront fin 2020, à l’intérieur et à l’extérieur de l’immeuble : réfection de la couverture, des zingueries, des souches de cheminée, des façades. Mais aussi isolation des combles, reprises structurelles, mise aux normes des réseaux, sécurisation incendie, et rénovation globale des six logements et du commerce en rez-de-chaussée. Les logements seront remis sur le marché à des prix de loyers plafonnés dans une logique de mixité sociale à l’échelle du centre-ville. Rendez-vous au second semestre 2022 pour la livraison de cet immeuble flambant neuf, empreint d’histoire !